« … Pourtant, ils sont persuadés d’y voir claire. Cela est aussi sûr que la rosée qui se pose sur l’herbe a chaque matin. Pour eux, la magie se doit d’être spectaculaire et puissante. Certes, elle est puissante lorsqu’on sait s’en servir, mais elle n’est pas qu’un simple artifice destiné à épater la foule. Sur cela, les humains se sont trompés royalement. Ils oublient que la magie est divisée en trois, le corps, l’âme et l’esprit. Le corps est sûrement la plus effrayante de tous pour eux. Il implique beaucoup de métamorphose, de potion et de sacrifice. Pour être capable de tels actes, il faut être capable de maîtriser parfaitement son propre corps, ce qui est plus facile pour nous que pour les hommes. L’âme, cependant, est plus adulée. L’âme étant donnée à un enfant à sa naissance, peut aussi transporté un don. La plupart du temps ce don n’est qu’une pure capacité à courir, nager, soigner, faucher, chasser, et ainsi de suite, mieux que les autres… Cela est rarement de la magie. Les dons de magie les plus fréquents sont la magie élémentaire, le vol d’oiseau, le langage des animaux. Je crois qu’il est inutile de préciser que notre peuple reçoit un peu de ces magies à sa naissance. Je ne dis pas que nous sommes surpuissants, mais que nous avons un plus grand potentiel magique que les humains. Et enfin, l’esprit, le plus sous-estimé des pouvoirs chez les humains. L’esprit est tout. Il coordonne les pouvoirs du corps et de l’âme, en plus de pouvoir apprendre ses propres tours. Il peut influencer, discuter, et même se déplacer par esprit. Lorsque quelqu’un maîtrise ces trois pouvoirs, il est invincible. Mais je dois avouer, que dans ce monde je ne connais qu’une personne qui est réussit à tous les contrôler. »
Le vieil homme pose sa plume. Cette dernière phrase lui rappelait des souvenirs qu’il aurait du oublier. Il poussa sa chaise, las. Passa la main dans ses cheveux secs, pour la majorité ils étaient blancs, mais de nombreuses mèches étaient noires. Il soupira. Au moins il avait fini d’écrire un nouveau chapitre sur la magie. C’est donc satisfait qu’il se leva pour aller contempler le paysage. Du haut de sa tour, il pouvait tout voir. Les Plaines Gelées étaient recouvertes de cette perpétuelle givre et s’étendaient plus loin que l’horizon voulait bien lui montrer. Durant une nuit comme celle-ci, on pouvait voir la neige brillée sous l’éclat de la lune. Il soupira d’aise. Les paysage de son pays ont toujours su l’apaiser.
Mais soudainement, il entendit un son derrière lui. Comme un souffle. Comme si on cherchait à attirer son attention. Il n’avait demandé à personne de monté, ainsi trouva-t-il cette présence étrange. Il projeta son esprit vers l’étranger. Il se bloqua à un mur. Impossible de trouver un autre esprit dans la pièce. Seuls deux personne pouvaient disparaître ainsi. S’attendant à voir sa dernière élève, il se retourna nonchalant. En regardant la silhouette derrière lui, ses grands yeux jaunes se mirent à briller. Un léger tic passa sur ses lèvres. C’était bien une femme, mais pas l’élève qu’il croyait voir. Celle-ci semblait épuiser et ses yeux pétillants de curiosité étaient gris, et non bleu. Les mêmes cheveux blancs parsemés de gris, mais coupé plus court. Plus petite, plus menue. Vêtue de la même grande robe noire qu’elle avait la dernière fois qu’il l’avait vue. Il avança d’un pas, puis murmura à l’intention de la femme :
-Lynx?
Un mince sourire passa sur les lèvres de la femme, elle mit son doigt devant et chuchota :
-Silence. N’oublie pas que ce nom est maudit.
Le vieil homme n’y pensait même pas. Son élève était revenue. Durant un bref instant, il voulut l’enlacer, mais se retint. Il y avait des yeux partout dans ce royaume.
-Qu’est-ce qui t’amène ici, après si longtemps? Demanda-t-il en s’éloignant pour attiser le feu et mettre de l’eau dans la bouilloire. Aiia le suivit en restant à l’écart.
-Je ne suis pas partie si longtemps, il me semble que le délais fut court.
Nestor émit un petit rire en se redressant. Il continua à contempler le feu.
-Tu n’as jamais su compter le temps. On dirait qu’il ne fait que t’effleurer pour te rappeler les inévitables, sans plus.
-Alors, combien de temps faut-il pour faire longtemps selon vous?
-Si tu parles du temps entre ton départ et aujourd’hui, je n’en sais rien. Je me suis efforcé de ne pas compter les années. Ce qui est sûr, cependant, c’est que de nombreuses saisons sont déjà passé. Répondit-il sans se retourner. Puis il devint sérieux. Son ton se fit plus dur. Que vient tu faire ici?
-Voir la seule chose qui me retiendrait ici.
-Tu seras déçue. Après ton exil, elle ne te connaissais plus.
-Elle n’aura pas le choix de me connaître, puisque nous sommes sœurs.
Nyctale se retourna, scruta les yeux de celle qui avait été son élève. Il y trouva la même attitude de contrôle parfait. Il en fut rassurer. Elle n’avait pas changé. Aiia aussi le dévisagea un peu. Ses grands yeux jaunes avaient toujours leur air surpris ou en colère. Son visage neutre et humble. Malgré sa vieillesse, lui non plus ne changeait pas.
-Prendrais-tu un thé avant de quitter. Il se retourna pour prendre l’eau chaude.
-Non, car mon temps ici s’achève bientôt.
-Très bien. Crois-tu qu’elle t’écoutera?
-Elle n’aura pas le choix. Au revoir Sage.
-Au revoir, Aiia.
Puis la sensation de présence disparue, tout comme la femme.
Klytië revenait de la bibliothèque. Elle venait de terminer d’actualisé les registres royaux. Elle entra dans sa chambre, les yeux épuisés. Ils ne pourraient plus regarder fixement des chiffres avant plusieurs heures. Ainsi avait-elle hâte de retourner au lit. Lentement, elle défit la nappe dans laquelle elle avait mis tout ses cheveux, puis entrepris de dénouer les lacets de son corsage. Comme le vieux Nyctale, elle sentit une présence. Elle se retourna. La pièce était trop sombre pour y voir quoique ce soit. Elle avança vers la porte, tout sens en alerte. La présence grandissait et, pourtant, elle ne voyait rien. Elle entendit une respiration, derrière elle. Louve se retourna vivement. Aiia sourit. Les yeux cristallin de la jeune femme s’écarquillèrent pour laissé place à une courte surprise. Puis ils changèrent. Une grimace de colère découvrit des crocs de loup. Elle leva une main griffue, avant de se jeter sur l’intruse qu’elle connaissait trop bien déjà. Un seul mot vola dans l’air à cette instant. Le nom d’Aiia.
-Traîtresse!!
Un petit rire se fit entendre, comme timide de paraître. Traîtresse riait rarement. L’attitude de sa sœur ne la surprenait même pas. Louve avait toujours été plus fonceuse que prudente. D’un pas sur le côté, Lynx évita la charge de sa sœur. La jeune femme passa tout droit. Rageusement, elle se retourna. Ses yeux bleus gel brillaient de mépris. Elle pris un grand souffle. Elle voulait crier l’alarme. Mais dès que sa voix arriva à ses lèvres, elle se senti incapable de parler. Un esprit effleurait le sien, cherchant une faille pour s’y faufiler. Elle la trouva. Klytië ne pu que la laisser passer. Son regard s’adoucie un peu, sans toutefois quitter son expression de mépris. Les crocs et les griffes redevinrent dents et ongles. Elle ne pouvait pas dénoncer sa sœur… Aiia cessa de rire, se mit à la fixé de ses yeux pâles comme si c’était la première fois qu’elle la voyait. Un mince sourire revint sur ses lèvres.
-Ainsi, tu es devenu Mage, ma sœur. Dit-elle de son ton neutre et froid.
-Tu n’es plus ma sœur, Traîtresse!! Cracha celle-ci.
-Ton esprit me murmure d’autres mots.
Mage étouffa un soupir rageur. Lynx avait utiliser leur lien de sang pour la rendre inoffensive. Elle n’avait aucun scrupule. Lentement, Louve se mit à tourné autour de celle qui fut sa sœur. Aiia ne bougea pas.
-Que viens-tu faire ici?
-Te voir.
-Tu quittes un instant ta vie de mendiante pour venir me voir, répéta-t-elle avec sarcasme. Touchant… Mais comme je te connais, tu es venu avec une idée derrière la tête. Tu viens me voir que parce que je suis là où tu ‘dois’ aller. Tu as sûrement du mentir à Sage aussi?
-Oui.
-Que tu es égoïste, ma sœur.
-Il sait. Il a toujours su. Malgré les mensonges, ma sœur. Je lui ai mentir, mais je ne lui ai rien cacher.
-Que vas-tu faire?
-C’est un secret.
-Tu n’as que des secrets.
-S’ils devaient être dit, je ne serais plus libre.
-Qu’est-ce que ta liberté qui est ta réponse à tout?
-Il n’y a pas de mot.
-Il n’y a qu’une excuse pour tes actes sordides.
-Ne crois pas cela.
-Que dois-je croire?
-En toi, ma sœur. Écoute ton cœur battre, ton sang s’écouler, tes muscles rouler. Laisse ton âme crier et ton esprit murmurer.
-Je ne comprend rien.
-Tu comprendras, ma sœur. Murmura Traîtresse en s’approchant doucement de la fenêtre. Tournant le dos à sa sœur. Elle semblait fixer l’horizon. La tunique qu’elle portait ne passait qu’en avant, laissant son dos libre et nu. Lentement, deux ailes blanches percées de noirs poussèrent entre ses omoplates. Louve voulu la retenir, l’empêcher de fuir, lui faire affronter son gourou, mais l’esprit d’Aiia la convainquit que ce n’était pas une bonne idée. Lynx tourna un peu le visage, pour entrevoir celui de sa sœur.
-Au revoir, ma sœur. Puis, sauta dans la nuit, s’envola vers les étoiles.
Klytië ne répondit rien. Elle attendit que l’emprise sur son esprit s’estompe, puis hurla.
-Traîtresse est de retour! Attraper la!
Mais elle était déjà loin. Avant d’aller voir sa sœur, elle avait pris la carte qu’elle voulait, celle qui la mènerait, sûrement, jusqu’à son amant. Dans l’air froid qui la frappait, elle sourit. Elle avait sa chance.